• 15 sept. 2025

Quand la lecture devient un défi : mon parcours avec le TDAH

  • Plume
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Bonjour cher lecteur, ou chère lectrice, ravie de te retrouver pour un nouvel opus ! Aujourd'hui, on va parler lecture… Et on va en faire tout un roman ! Tu viens ?

Post-it : Comme la dernière fois, cet article est un témoignage, le reflet le plus fidèle et le plus précis possible de mon vécu du moment. Pour autant, il ne s'agit pas d'un article scientifique à visée informative.

Quand j'étais petite, j'adorais lire. Vraiment. J'y passais des heures et j'y prenais beaucoup de plaisir. Je me souviens même de quelques livres qui m'ont marquée. Je lisais pour l'école, mais surtout pour le plaisir. Et puis le collège est arrivé et peu à peu je n'ai plus lu que pour l'école, et perdu tout plaisir. Au lycée, je ne lisais même plus pour l'école : ça ne m'intéressait pas, et puis ça ne servait à rien de toute façon, que je lise le livre ou pas, le résultat était le même : mauvais. 

Cette chute de mes résultats scolaires ne se limitant pas à la lecture, moi je me pensais nulle pendant que d'autres se disaient que si je faisais un petit effort… Mais rien à faire. Des efforts j'en ai fait. Beaucoup. Ils ne payaient pas. (Quand j'y réfléchis maintenant, je me dis que c'était un peu comme souffler dans l'eau pour espérer avancer..!) Comment la jeune fille que j'étais avait-elle pu se trouver en difficulté, au point d'éprouver une aversion pour une activité qu'elle adorait enfant ? Je n'avais pas de réponses. Juste la sensation de décliner de manière irrépressible et incontrôlable… Terrifiant.

Une fois adulte, j'ai voulu me remettre à lire, car je savais à quel point c'était important pour les enfants de voir des adultes lire, d'entendre les histoires qu'ils racontaient, de partager le plaisir de la lecture. Mais le plaisir était très limité pour moi, car ça restait quelque chose de très difficile, coûteux, fatiguant. Et puis un jour, j'ai découvert que j'avais un Haut Potentiel, et je me suis dit que ce n'était pas logique d'avoir un HQi et d'être incapable de lire. 

J'avais besoin de comprendre mon fonctionnement, alors je me suis remise à lire. Et là j'ai dévoré des livres, plein plein plein de livres. Énormément de livres ! En extrêmement peu de temps ! Certains sujets étaient peu traités en français, donc je me suis même mise à lire en anglais. (Des bouquins de neuropsychologie, en anglais… Sans avoir étudié la neuropsychologie avant. Tu imagines ?)

Ça m'a donné des ailes, alors j'ai voulu relire des romans. J'avais besoin, je crois, de prendre une espèce de revanche sur la vie. J'ai commencé par des romans pour adultes, mais je n'y arrivais pas : ça m'épuisait et ça m'ennuyait. J'étais sans arrêt obligée de revenir en arrière dans ma lecture, pour espérer comprendre la suite. Et toutes ces descriptions, les lieux, les personnages,... Je n'arrivais pas à me les représenter. Il y en avait trop, je mélangeais tout, je ne comprenais rien. Et surtout, je devais lire le livre en peu de temps, sinon j'oubliais tout au fur et à mesure ! Avant d'ouvrir un roman, je devais me demander si j'aurais le temps de le finir dans les prochains jours… Mais c'était impossible à prévoir réellement. Alors je suis repartie sur des romans pour ado, en espérant que ce serait plus simple… Mais je rencontrais exactement les mêmes difficultés. Même avec des romans intéressants et vivants ! Pourquoi ?! Je ne comprenais pas. 

A ce moment, je ne savais pas encore que j'avais un TDAH, et je n'avais pas creusé ce sujet. Mais maintenant, je sais… Et j'ai envie de partager avec toi mes petites stratégies pour y arriver, pour que lire reste un plaisir pour tes enfants, tes ados, et peut-être même pour toi ! 

(Même si je reconnais que ce besoin de stratégies compensatoires a quelque chose de très frustrant pour moi, malgré leur efficacité : j'ai l'impression de travailler quand je voudrais juste pouvoir lire pour le plaisir…)

Alors la première chose à prendre en compte, c'est le choix du livre ! 

  • Si les chapitres sont courts, si l'écriture va à l'essentiel (sans se perdre dans de longues descriptions), s'il n'y a pas trop de personnages, pas trop de lieux différents, ce sera beaucoup plus facile. 

  • Certains auteurs ont une écriture un peu redondante d'un chapitre à l'autre (particulièrement dans les livres pour enfants !), ce qui peut soutenir la mémoire du lecteur : plus besoin de relire les chapitres précédents pour comprendre l'histoire, si l'auteur nous fait des rappels régulièrement ! 

  • Une écriture vivante, avec quelques traits d'humour et des rebondissements de dernière minute peut également être la bienvenue et favoriser l'engagement dans la lecture. 

  • Dans certains cas, les illustrations peuvent soutenir la compréhension du livre (ne serait-ce qu'une carte des lieux, ou une liste des personnages par exemple…). 

  • Enfin, la structure du récit joue énormément ! On a tous en tête cette image avec des rails de train, selon qu'une histoire est racontée par une personne avec ou sans TDAH, pas vrai ? (Alors, cette image, c'est un gros cliché sur le TDAH. Mais, elle vous aidera à comprendre ce que je veux dire par structure du récit !) 

Une histoire écrite de façon linéaire, mettant en scène des personnages facilement distinguables les uns des autres, avec des intentions claires, sera beaucoup plus simple à comprendre qu'une histoire avec des flashbacks, des liens implicites entre les personnages et les événements, ou un déroulement simultané dans plusieurs lieux différents. (C'est aussi pour ça que lire des documentaires est beaucoup plus simple pour moi, même en anglais et sur des sujets complexes !)

Mais parfois, on a envie de lire un livre parce que l'intrigue nous plaît, et pas simplement parce qu'on sait qu'il sera facile à comprendre pour nous. Alors il existe quelques petites astuces qui peuvent nous aider à pallier différents problèmes qui peuvent se poser lorsqu'on lit des romans. La lecture n'est pas toujours intuitive quand on a un TDAH… Parce que nos fonctions exécutives sont très impactées par ce trouble, et qu'elles sont très sollicitées lorsqu'on lit. Donc tout ce qui pourra, d'une manière ou d'une autre, les soutenir sera bienvenu ! 

Mais sans se surcharger non plus : les stratégies de compensation doivent rester un support, une aide, elles ne doivent pas devenir plus coûteuses que la lecture en elle-même. Alors ne fais pas tout à la fois, picore, utilise ce qui te parle, et choisis ce dont tu as besoin selon le livre que tu veux lire !

  • Bien sûr, il faut choisir un livre intéressant : comme on va devoir compenser des difficultés, la motivation doit être importante, et de préférence intrinsèque, c'est-à-dire personnelle. 

    => Je choisis de lire ce livre parce que ça m'apporte quelque chose à moi, en moi plutôt. 

  • Il vaut mieux être en forme et avoir du temps devant soi, sinon le stress engendré risque de parasiter la lecture.

    => Je choisis le bon moment pour moi !

  • Il faut aussi essayer de se mettre en réussite, pour prendre confiance et ne pas vivre chaque lecture comme un échec de plus. (Peut-être que Proust n'est pas le premier challenge qu'on va se fixer… )

    => Je choisis un livre qui correspond à ce que je me sens capable de lire et de comprendre.

  • Souvent la narration est longue, il y a beaucoup d'éléments à mémoriser. 

    => Je fais une lecture active : je glisse des post-its dans le livre pour noter les éléments importants, ou je résume chaque chapitre par une phrase ou deux. (Le découpage en mode un chapitre = une action peut grandement nous faciliter la tâche !) Le fait de résumer ne soutient pas seulement la mémoire, reformuler une histoire permet de mieux la comprendre.

  • C'est parfois difficile quand on a un TDAH d'aller à l'essentiel et de ne garder que les points importants pour résumer un passage de l'histoire…

    => Quand je résume un chapitre, je me concentre sur ce qui a fait évoluer l'histoire (un rebondissement inattendu, une rencontre, un obstacle, un conflit, une révélation…)

Et je me focalise toujours sur 5 questions : QUI a fait QUOI, OÙ, QUAND et COMMENT ?

Puis je me demande POURQUOI.

  • Pour résumer, je peux aussi essayer de travailler sur schéma narratif de l'histoire :

  1. situation initiale -> C’est la présentation qu'on nous fait au début de l'histoire, ça plante le décor 

    => Je note les informations importantes sur les personnages et leur rôle ; j'identifie le héros.

  2. élément perturbateur -> sans lui pas d'histoire ! C'est l'élément qui vient rompre le train-train quotidien qu'on nous a présenté juste avant. 

    => Je note ce qui s'est passé et le problème que va devoir résoudre le héros.

  3. péripéties -> C'est tout ce que le héros va faire pour résoudre le problème : les actions, les obstacles, les rencontres, les recherches/quêtes,...

    => Je les résume par des phrases courtes (en me focalisant sur les 5 questions), ou par des mots-clés.

  4. résolution du problème -> L'histoire est bientôt finie, le problème est résolu 

    => Je note comment le héros a résolu le problème et les conséquences directes que ça amène.

  5. situation finale -> On nous plante à nouveau le décor, une fois le problème résolu. (Ça peut être le même qu'au début ou il peut avoir changé, ça peut aussi laisser une ouverture pour une suite…)

  • Lorsqu'on relie une nouvelle connaissance à des choses que l'on savait déjà, on la retient plus facilement. C'est prouvé, et c'est aussi le cas lorsqu'on lit un livre !

    => Quand j'apprends une nouvelle information, j'essaye de la lier à ce que je savais déjà : est-ce que ça complète, explique, ou contredit, un élément dont je disposais ? (Je peux même utiliser un code couleur pour classer les infos dans ces trois catégories !)

  • Parfois, on ne sait pas si une information est importante ou non…

    => Si je ne suis pas sûre de l'importance future de cette information, je la note quand même. Rien ne m'empêche de la rayer plus tard si je me rends compte qu'elle n'apportait rien !

  • Souvent il y a beaucoup de non-dits, on doit faire les liens tout seul. La lecture active (avec prise de notes) soutient notre mémoire et nous permet de faire ces liens. Mais cela ne suffit pas toujours…

    => Au fur et à mesure de mon avancée dans le livre, je constitue une fiche personnages, avec les informations importantes dont je dispose sur eux. Je vais aussi essayer de les regrouper par famille ou autres, en fonction des liens qu'ils entretiennent entre eux, et indiquer les liens entre certains personnages (amis, ennemis,...), et leurs objectifs si je les ai compris : chaque personnage cherche à obtenir quelque chose, et c'est dans ce but que ses actions vont être dirigées. (Cette fiche évolue donc tout au long de l'histoire, quand j'apprends de nouvelles choses sur les personnages !) J'y mets de la couleur pour mieux m'y retrouver, je peux la faire sous forme de carte mentale, et il m'arrive de mettre de petits émoticônes à côté des noms des personnages. 

  • Je peux noter mes impressions et les questions que je me pose au fur et à mesure de ma lecture. Et si je connais quelqu'un qui lit le même livre, j'en parle avec cette personne ! Cela permet d'une part de renforcer la motivation, et d'autre part de confronter nos points de vue, ce qui va favoriser une meilleure compréhension de l'histoire.

  • Je fais des pauses ! Parce que lire de cette manière, ce n'est pas vraiment reposant… Et mes notes m'aideront à reprendre plus tard. (Plus besoin de terminer le livre en une semaine ! )

Comme tu l'auras compris, cher lecteur ou chère lectrice, je me suis concentrée sur la lecture de textes narratifs, parce que c'est ce qui est le plus difficile pour moi. Mais peut-être que ton vécu est différent du mien ? Dans ce cas, n'hésite pas à commenter cet article. 

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